Les marchés boursiers ont poursuivi leur ascension en août. Le composé S&P/TSX a inscrit un record en cours de mois, et le S&P 500 comme le Nasdaq 100 ont signé leur meilleur mois d'août depuis 2021. Le ton, lui, a changé. À Jackson Hole, le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a prévenu que l'inflation restait trop élevée et qu'une hausse des taux pourrait devenir nécessaire.
Rendements d'août, exprimés en dollars canadiens :
Le gain canadien repose sur très peu de titres, trois secteurs sur onze ayant terminé le mois en hausse au TSX. Les matières premières ont bondi de 25,7 %, portées par les producteurs d'or, et les technologies de l'information de 12,9 %. Soins de santé, consommation de base et services publics ont reculé de plus de 6 % chacun. Aux États-Unis, l'énergie (+5,2 %) et les technologies (+4,9 %) ont mené.
Le Brent a terminé à 90,49 $ US le baril (+0,4 %) et le WTI à 85,76 $ US (+1,3 %), soit 34 % de plus qu'il y a un an. Les perturbations dans le détroit d'Ormuz continuent de brider l'offre mondiale.
L'or a été la vedette du mois, en hausse de 9,8 % à 4 446,80 $ US l'once. Le dollar américain a reculé de 1,2 % face au huard, qui valait environ 72 cents US en fin de mois, ce qui a rogné le rendement des marchés étrangers.
L'indice des obligations universelles FTSE Canada a retranché 0,2 %, ramenant son rendement à 0,4 % depuis le début de l'année. Le 2 ans canadien est passé de 2,91 % à 3,01 % et le 10 ans, de 3,65 % à 3,73 %. Aux États-Unis, le 2 ans a progressé de 4,28 % à 4,34 % et le 10 ans est resté stable à 4,75 %.
Ni la Banque du Canada ni la Fed n'avaient de réunion en août. Le taux directeur canadien est resté à 2,25 %, inchangé depuis octobre 2025, et la Banque l'a maintenu de nouveau le 2 septembre.
Le discours de M. Warsh, le 28 août, a changé la donne. Le Trésor américain à 2 ans est passé de 4,22 % à 4,30 % dans la journée et la probabilité d'une hausse en septembre est montée d'un tiers à une chance sur deux. La suite lui a donné raison. Le 16 septembre, la Fed a relevé son taux d'un quart de point, à une fourchette de 3,75 % à 4,00 %, sa première hausse depuis 2023.
L'inflation explique ce durcissement. L'IPC américain de juillet a ralenti à 3,4 % sur un an, mais l'indice PCE, la mesure préférée de la Fed, est ressorti à 3,7 %, et à 3,3 % hors alimentation et énergie. Au Canada, l'inflation a accéléré à 3,0 % en juillet, même si les mesures de base sont restées près de la cible, à 1,9 % et 2,0 %. Des deux côtés de la frontière, l'essence est en cause, en hausse de près de 25 % sur un an.
L'économie canadienne a surpris. Statistique Canada a annoncé le 28 août une croissance annualisée de 3,3 % au deuxième trimestre, la plus forte depuis le début de 2023 et bien au-dessus des 2,5 % prévus par la Banque du Canada. Juillet a vu 75 000 emplois créés et le chômage reculer à 6,4 %, son plus bas en deux ans, et à 5,6 % au Québec.
Le contraste avec les États-Unis est net. Le PIB américain a progressé de 1,5 % au deuxième trimestre et l'économie a perdu 23 000 emplois en juillet, le chômage reculant à 4,1 % surtout parce que des gens ont quitté la population active. L'indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan est tombé à 51,7, près de ses plus bas historiques.
Côté immobilier, l'Association canadienne de l'immeuble rapporte en juillet des ventes en recul de 5,3 % sur un an et un prix de référence de 665 600 $, en baisse de 3,3 %.
Au 28 août, avec 97 % des sociétés du S&P 500 ayant publié, FactSet calculait une croissance des bénéfices de 52 % sur un an au deuxième trimestre, la plus forte depuis 2021, et 86 % des entreprises avaient dépassé les attentes.
Ce chiffre mérite une nuance. Alphabet et Amazon ont inscrit d'énormes gains de placement non réalisés dans leurs résultats comptables. En les excluant, la croissance tombe à 33,8 %, ce qui reste excellent. Les dépenses en intelligence artificielle demeurent le moteur de fond, les quatre grands de l'infonuagique prévoyant environ 725 milliards de dollars américains d'investissements en capital cette année.
Les négociations commerciales ont déraillé le 21 août. Mark Carney a rappelé ses négociateurs de Washington en évoquant des demandes américaines de dernière minute jugées inéquitables. Des tarifs de 50 % sur 28 milliards de dollars de marchandises canadiennes sont entrés en vigueur, et Ottawa a annoncé des mesures équivalentes à compter du 8 septembre. Portés par l'or et les ressources, les marchés ont encaissé sans broncher. Le risque se situe du côté des exportateurs.
La trajectoire des taux américains domine l'agenda. Une majorité de responsables de la Fed envisage au moins une autre hausse d'ici la fin de l'année, ce qui change les repères pour les obligations comme pour les actions de croissance.
La Banque du Canada décidera le 28 octobre. Une inflation de base près de la cible lui laisse de la marge, mais la vigueur de la croissance et l'escalade tarifaire compliquent l'équation. Restent le prix du pétrole, suspendu à la situation au Moyen-Orient, et la suite du cycle d'investissement en intelligence artificielle.
Août aura été un bon mois pour la plupart des portefeuilles, mais un mois dont les gains sont venus d'un très petit nombre de secteurs. Quand l'or et les technologies portent presque tout le rendement d'un indice et que la banque centrale américaine change de direction, la répartition d'actifs redevient un sujet très concret.
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